Tests utilisateurs : 9 questions à Sebastien Tanguy de Testapic pour tout savoir

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Nous avons récemment eu l’honneur de pouvoir interviewer Sebastien Tanguy, responsable opérationnel et chef de projet testing de Testapic afin de lui poser quelques questions sur les tests utilisateurs…

« Pouvez-vous me parler de votre parcours et comment en êtes-vous venu à créer Testapic ?»

Pour être honnête, j’ai un parcours assez atypique ; à la base ingénieur de formation dans les innovations technologiques, j’ai eu l’occasion de travailler aux Pays-Bas pendant 1 an et demi. Je suis ensuite revenue en France pour intégrer une start-up dans l’univers de la musique.

Ayant besoin d’optimiser mon site, j’ai commencé à faire des tests utilisateurs en présentiels et je me suis vite rendu compte des limites qui existaient. J’ai ensuite rencontré mes futurs associés qui étaient confrontés aux mêmes problèmes que moi. On a donc décidé de se regrouper pour proposer des alternatives à celles qui existaient déjà à l’époque et nous en sommes venus à faire des tests à distance puis à créer Testapic.

Sebastien

« Comment pourriez-vous définir simplement les tests utilisateurs ? »

Il faut être conscient que nous faisons des tests utilisateurs tous les jours sans nous en rendre forcement compte ;  à partir du moment où nous avons une expérience avec un produit d’interface, nous faisons un test utilisateur. Evidemment, cela ne veut pas dire que nous mesurons tout ce que l’utilisateur est en train de faire, mais c’est une des bases des tests utilisateurs.

« Du coup, à quoi servent les tests utilisateurs ? »

Dans le cadre des tests, nous allons essayer de mesurer, comprendre et analyser comment l’utilisateur agit à un moment donné avec le produit d’interface. Le test va donc avoir pour but de mettre l’utilisateur dans des conditions réelles et de comprendre comment et pourquoi il interagit, pourquoi il fait telle ou telle action, pourquoi serait-il susceptible d’abandonner son panier etc…

Dans le cadre des tests, nous allons essayer de mesurer, comprendre et analyser comment l’utilisateur agit à un moment donné avec le produit d’interface.

« Et de votre point de vue, quel est le moment le plus propice pour lancer les tests utilisateurs ? »

J’entends souvent dire que plus tôt nous mettons en place des tests utilisateurs plus ce sera pertinent dans le cadre de la démarche de conception puisque cela permet de pallier à un certain nombre de problèmes dans les phases en amont. Nous pensons que les tests utilisateurs doivent être utilisés à des étapes clefs dans la démarche de conception ; d’abord sur les phases de l’idéation et des recherches utilisateurs avec des tests quantitatifs pour comprendre les besoins et les attentes des utilisateurs.

C’est aussi très pertinent d’en réaliser au moment de la conception, lorsque nous disposons des premières maquettes avec un environnement graphique. Nous nous sommes aussi rendu compte que lorsque nous avons créée Testapic (il y a 4 ans) nous faisions surtout des tests en phase de production alors qu’actuellement nos tests intégrés en phase de conception représentent 30 à 50% de nos tests. Il y a eu une vraie prise de conscience de l’importance de ces tests dans cette phase.

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« Comment sont sélectionnés les utilisateurs pour ces tests ? »

Dans un premier temps il est très important de connaitre les utilisateurs du site avant de les tester. C’est-à-dire que nous devons connaitre leurs critères, savoir si l’éditeur ou l’annonceur du site a des informations les concernant. Nous devons donc nous baser sur des données soit issues du CRM de notre client, soit de l’analytics pour identifier les utilisateurs cibles.

Maintenant, tout va dépendre du type de tests; Par exemple des clients nous demandent un mixte entre des utilisateurs qui connaissent déjà la marque mais aussi des prospects de sites concurrents. Tout l’enjeu est donc de bien calibrer nos utilisateurs en amont pour identifier à quelle typologie de profil ils appartiennent.

Nous allons donc les interroger en continue avec beaucoup de questionnaires, en reposant les mêmes questions à des intervalles de temps définis (par exemple quand sont nés leurs enfants, quelle est la marque de leur voiture etc…) pour nous permettre de qualifier la véracité de l’information. Nous pourrons ainsi identifier les bons utilisateurs qui donnent des informations correctes et en qui nous pouvons avoir confiance.

« Combien en sélectionner ? »

D’un point de vue quantitatif nous avons fait beaucoup de tests en amont pour calibrer le produit et nous avons constaté qu’avec un échantillon compris entre 100 et 150 personnes nous observons des résultats déjà très fiables. C’est aussi l’avantage des tests distants par rapport à des tests en présentiels ; Nous pouvons nous permettre d’avoir un échantillon beaucoup plus large, plus représentatif et donc une meilleure véracité des informations récoltées.

nous avons constaté qu’avec un échantillon compris entre 100 et 150 personnes nous observons des résultats déjà très fiables

Le test va se dérouler sous 2 formes; Un test quantitatif que nous appelons le « test questionnaire » qui est un test de navigation de l’utilisateur sur l’interface. Nous l’interrogeons en temps réel pendant sa navigation avec des questions ouvertes et des questions fermées pour qu’il puisse fournir un maximum d’information.

Il y aussi les tests vidéo qui sont une navigation spontanée de l’utilisateur sur lequel nous allons avoir des tâches beaucoup plus larges et qui nous permet de faire un enregistrement de l’écran de l’utilisateur avec tous ses commentaires vocaux.

Concernant la répartition de l’échantillon, environ une centaine de personnes seront placées sur la partie questionnaire tandis que 30 à 50 personnes seront sur les tests vidéo.

Nous avons essayé de réaliser beaucoup de tests avec des échantillons plus petits et d’autres beaucoup plus grands et avons trouvé un bon optimum entre l’énergie à mettre en place pour analyser la donnée et la quantité d’informations que nous allons pouvoir récolter de manière pertinente.

« Avez-vous une façon particulière d’interpréter les résultats ? »

Oui, nous avons mis en place une méthodologie spécifique puisque nous récupérons énormément de données dans le cadre des tests (mousetracking, carte de chaleur etc.. pour ne citer qu’eux), nous allons agréger cela dans notre interface pour pouvoir analyser l’ensemble  et sortir des données vraiment fiables.

Il est donc important de regrouper beaucoup d’informations afin de les utiliser de manière vraiment efficaces. C’est là tout l’enjeu de la méthodologie que nous avons développé.

« Et sinon, quelles sont les erreurs à ne pas commettre ? »

Il est primordial de bien calibrer en amont et de définir clairement ses objectifs (qu’est-ce que je veux mesurer, pourquoi je veux le mesurer, pourquoi je fais ce test…)

Concernant les tests distants, la manière dont les consignes vont être verbalisées a un impact très fort sur la manière dont l’utilisateur va la comprendre. Il faut impérativement qu’elle soit neutre pour ne pas orienter l’utilisateur. Il y a donc un vrai travail rédactionnel et sémantique à réaliser.

Ne pas faire de conclusion hâtive et bien analyser l’ensemble des données.

Vous l’aurez donc compris, le meilleur des conseils que je puisse vous donner et de bien préparer un test, la phase préparatoire n’est pas à négliger.

Signs, Right, Wrong, Good, Bad, Positive, Negative

« Avez-vous quelque chose qu’il vous semble important de rajouter concernant les tests utilisateurs ? »

Ce qui nous semble très important dans la démarche que nous avons avec les utilisateurs c’est de se dire que nous avons développé une technologie sur les tests utilisateurs distants, mais que nous n’avons pas vocation à se supplanter à des tests physiques.

Le test présentiel en one to one par exemple a complètement sa place dans la démarche de conception. Finalement, nous ne faisons que proposer un outil de plus aux designers, aux concepteurs et aux équipes marketing pour identifier les besoins des utilisateurs et ainsi comprendre leurs attentes et répondre à leurs besoins. L’idée principale reste de travailler de façon complémentaire sur différents outils.